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Décès du président tunisien déchu Ben Ali

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L’ancien despote, chassé après 22 ans au pouvoir par la révolution de jasmin en 2011, est mort en exil en Arabie saoudite.

L’ex-président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali est un souvenir un peu flou, à peine ravivé par la nouvelle de son décès, jeudi 19 septembre. « Il serait mort tôt ou tard, » lâche Boutheina, 20 ans à peine, en haussant les épaules. Dans le centre-ville de Tunis, la marche du quotidien n’a pas été perturbée par l’annonce de la disparition de l’ancien autocrate qui s’est éteint à 83 ans en Arabie saoudite, où il vivait en exil depuis la révolution de 2011. A la radio, les journaux continuent d’ouvrir sur les suites du premier tour de l’élection présidentielle qui s’est tenue dimanche 15 septembre.

« Ben Ali reste un président qui a aussi fait du bien à la Tunisie. Il ne nous a pas fait de mal personnellement après tout », relativise cette étudiante en économie. Son amie Zeineb n’est pas d’accord : « Je suis quelqu’un qui soutient la justice et Ben Ali n’est pas quelqu’un de juste. » A leurs côtés, Aïcha fait la moue et se dit « neutre » : « Ni heureuse ni triste, c’est une nouvelle comme une autre. » Rien à voir avec « le jour du décès de Béji Caïd Essebsi [mort le 25 juillet 2019], précise-t-elle. J’étais triste de son départ, mais fière de la fluidité et de la rapidité de la transition. C’était le premier président à avoir été vraiment élu directement. »

Etranger

Les trois jeunes femmes étaient encore à l’école primaire sous le règne de Ben Ali (1987-2011). Quelques bribes confuses de cette époque remontent à la surface. Zeineb raconte : « Un jour, ma mère est rentrée avec des bonnets. Mon père lui a demandé pourquoi. On lui avait dit qu’il lui était interdit de porter son foulard au ministère où elle travaillait. J’avais 3 ans environ. » Le dirigeant avait fait de la répression des islamistes l’une des marques de son régime. Boutheina se rappelle que son oncle a été emprisonné pour avoir été membre d’Ennahda, le parti islamo-conservateur.

A la sortie d’un lycée, les élèves en tablier bleu réagissent à la mort de Ben Ali comme à celle d’un étranger. Ils ne l’ont jamais connu. N’ont jamais eu à utiliser des systèmes de brouillage sur Internet pour pouvoir accéder à YouTube, ni à enlever leur batterie de téléphone avant de parler politique avec leurs amis. Ils savent seulement qu’il y avait à l’époque une semaine de vacances supplémentaires qui coïncidait avec le 7 novembre, la date de sa prise de pouvoir, en 1987. Une opportunité dont ils n’ont pas assez profité, regrettent-ils.

Malek Guetat, un médecin tunisien vivant en Allemagne, s’étonne de cette indifférence des plus jeunes mais constate : « Ce qui me plaît, chez la génération née après 2000 et qui vient d’accéder au droit de voter, c’est qu’elle n’a aucune nostalgie de l’ère Ben Ali. »

« Je n’ai rien ressenti, confirme Slim, étudiant. Peut-être parce que, pour moi, symboliquement, il est déjà mort depuis longtemps, depuis qu’il a décollé à bord de l’avion présidentiel vers l’Arabie saoudite. C’est simplement une mort biologique. » Aujourd’hui, seule lui revient la mémoire de la répression des mouvements de contestation étudiants et des mouvements sociaux.

Le souvenir de l’ère Ben Ali, absent de la scène politique depuis huit ans, laisse parfois place à la nostalgie, celle d’un temps où l’inflation était plus clémente, mais aussi à la rage face aux injustices commises sous son règne. Cette disparition a réveillé les frustrations et les humiliations enfouies loin derrière l’effervescence des années post-révolutionnaires. Sur les réseaux sociaux, le blogueur Mehdi Ayadi a expliqué comment il avait failli finir au poste parce que l’un de ses amis s’était plaint à haute voix des bouchons causés par un convoi de la fille de Ben Ali. « Chaque citoyen a vécu sous le règne de l’arbitraire, Ben Ali est mort et je m’en réjouis », écrit-il.

Fin d’époque

La mort de l’ancien autocrate coïncide avec une actualité riche, après la qualification de deux candidats « outsiders », Kaïs Saïed et Nabil Karoui, pour le second tour de la présidentielle. Elle intervient aussi deux mois après le décès en exercice du président Béji Caïd Essebsi, créant une ambiance de fin d’époque.

Ben Ali n’a jamais répondu de ses actes devant les tribunaux, malgré un mandat d’arrêt international lancé contre lui après sa fuite en Arabie saoudite, le 14 janvier 2011. Il a été condamné par contumace. Selon son avocat en Tunisie, l’homme a laissé un message vocal aux Tunisiens qui devrait être diffusé après sa mort, et des mémoires qui devraient être publiés.

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Le président déchu était en soins intensifs à Djeddah depuis plusieurs semaines, son trépas était attendu. Durant la campagne électorale pour le scrutin présidentiel, l’une des questions posées aux candidats était de savoir s’ils accepteraient que son corps soit enterré en Tunisie. Sa mort relance le débat. L’actuelle primature a confirmé qu’elle répondrait positivement à son rapatriement si la famille en formulait le souhait.

Cet événement pourrait être récupéré par les partis politiques se revendiquant comme les héritiers de la pensée destourienne, de Bourguiba et de Ben Ali, à l’instar du Parti destourien libre (PDL) présidé par Abir Moussi. Cette avocate, candidate vaincue au premier tour du scrutin présidentiel, tentera sa chance aux législatives prévues le 6 octobre

 

 

 

 

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