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Au Cameroun, le cardinal Tumi supplie les séparatistes anglophones de participer au dialogue

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A 89 ans, le cardinal Christian Tumi, mène peut-être l'un de ses derniers combats. Inlassable partisan d'un grand dialogue national pour mettre fin à la crise séparatiste meurtrière dans sa région natale anglophone de l'ouest du Cameroun, il voit son vœu réalisé: l'inamovible président Paul Biya vient de s'y résoudre.

"C'est une bonne chose ! C'est ce que nous attendions", s'exclame l'archevêque émérite de Douala, à la retraite depuis 10 ans mais toujours aussi célèbre et populaire dans son pays.

Aussi, le prélat "supplie", dans un entretien avec l'AFP, les leaders sécessionnistes de participer à ce dialogue au moment où certains ont déjà refusé d'y prendre part quand d'autres sont emprisonnés, certains condamnés à de longues peines. L'un de ces chefs, Julius Ayuk Tabe, autoproclamé "président" d'une "République fédérale d'Ambazonie" en octobre 2017, écroué et condamné à la prison à vie, a ainsi estimé jeudi qu'il s'agissait d'un "non événement".

"Je suis pour que le dialogue se fasse, quelle que soit la situation", lance le cardinal, qui s'oppose à la violence tout en prêchant depuis longtemps un retour au fédéralisme - le Cameroun a été une République fédérale après son indépendance de 1961 à 1972 suite à un référendum.

Le "grand dialogue national", décrété mardi par M. Biya dans un rarissime discours à la Nation, doit s'ouvrir fin septembre, présidé par le Premier ministre. "J'aurais aimé que le président lui-même soit là", lâche le cardinal Tumi.

La crise anglophone au Cameroun avait débuté en 2016 par des mouvements de protestation avant de prendre un tour meurtrier fin 2017 quand des sécessionnistes ont pris les armes et radicalisé le mouvement.

Paul Biya a appelé les groupes armés à participer, proposant le "pardon" à ceux qui déposent les armes mais le feu de l'armée à ceux qui s'y refusent.

Il n'a pas prévu de libérer la dizaine de militants lourdement condamnés fin août.

Or les plus radicaux n'acceptent que des "négociations" pour l'indépendance, et à la condition que leurs chefs emprisonnés soient relâchés et que l'armée quitte les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, lesquelles abritent l'essentiel des 16% de Camerounais anglophones, qu'ils veulent baptiser Ambazonie.

"Le problème n’oppose pas les anglophones aux francophones. Le problème oppose les anglophones et l’administration influencée par la France", ancienne puissance coloniale, estime l'archevêque. "Si on avait maintenu un système fédéral, on n’en serait pas là. Si Paul Biya avait mis en application la décentralisation, on n'en serait pas là."

Ecoles incendiées

Paris, indéfectible allié de Paul Biya, 86 ans dont 37 au pouvoir, a salué l'annonce d'un "grand dialogue" et souhaité une participation "des différentes sensibilités politiques".

L'ancien archevêque de Douala avait proposé en 2018, avec des dignitaires protestants et musulmans, la tenue d'un dialogue national. Mais face à l’opposition de Yaoundé et des séparatistes, leur All Anglophone Conference avait fait long feu.

Faute de pouvoir l'organiser, "nous avons interrogé plus de 1.000 Camerounais anglophones à travers le monde, en majorité au Cameroun" et il ressort que 69% "sont pour la séparation absolue". "Cela nous a beaucoup étonnés", admet-il.

L'homme d’église appelle les séparatistes à "déposer les armes" auprès des chefs traditionnels mais estime que l"on ne peut pas exiger de la même manière que l'armée dépose les armes" car celle-ci doit être "prête à défendre le pays". Il préconise de faire rentrer les soldats dans les casernes.

Le conflit a fait plus de 2.000 mort selon le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG) et poussé plus de 530.000 personnes à fuir leur domicile. Certains groupes armés s'attaquent aux forces de l'ordre, assassinent et kidnappent des civils ou brûlent des écoles, mais militaires et policiers commettent aussi exactions et meurtres, accusent les organisations non gouvernementales et l'ONU.

Depuis la rentrée scolaire, certains groupes séparatistes imposent également un blocus des établissements scolaires pour protester contre la condamnation d'Ayuk Tabe. "Je leur ai dit qu'il faut laisser les enfants aller à l'école", tonne l'archevêque à l'adresse de ces séparatistes qu'il qualifie d'"intolérants".

Depuis fin 2016, plus de 80% des écoles ont dû fermer, selon l'Unicef. "Ce serait sacrifier leur avenir" que de persister dans cette voie, assène le cardinal Tumi.

 

 

 

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