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Christian Tumi tacle Paul Biya : « On a l'impression que le président n'a pas le pouvoir de prendre des décisions »

Alors que le grand dialogue national convoqué par le président Biya pour mettre fin au conflit séparatiste anglophone se déroule cette semaine à Yaoundé, le Cardinal Christian Tumi, président de la commission du grand dialogue national qui s'occupe du retour des réfugiés et déplacés internes a été l'invité de la DW ce mercredi 2 octobre 2019. Il prône pour un changement dans la gouvernance du pays.

Tumi

Origines de la crise

Avez-vous une explication sur les origines de la crise ?

Christian Tumi : Les origines de la crise, la première chose c'est le mauvais gouvernement. Les gens ne participent pas au gouvernement de leur pays. Le système qui peut nous aider, c'est soit la décentralisation ou un système fédéraliste. Parce que, dans les deux cas, c'est la base qui tente de résoudre le problème, pas le système centralisé que nous avons maintenant, pas le système jacobin. Nous copions ce qui s'est passé en France.

Rôle de la France

Quel est le rôle de la France dans cette crise ?

Christian Tumi : Je crois que la France faisait pression pour avoir cette rencontre annoncée par le président.

Vous pensez que c'est Monsieur Macron qui a fait de la pression sur le président Paul Biya ?

Christian Tumi : Pas seulement. Même à l'intérieur du pays. Il y a aussi les autres ambassades.

Cela devrait vous réjouir, puisqu'il y a un certain temps, vous avez vous même proposé un dialogue mais le président Biya ne voulait pas en entendre parler.

Christian Tumi : Justement, j'avais demandé une audience pour le rencontrer, pour lui proposer cette rencontre. Mais il n'a pas voulu me recevoir.

Rôle de Paul Biya

Est-ce que le fait que le président Biya soit au pouvoir depuis 37 ans fait partie du problème ?

Christian Tumi : Je ne crois pas. On peut être longtemps au pouvoir et bien gouverner. Mais le problème c'est le mauvais gouvernement. Actuellement les gens se demandent qui gouverne au Cameroun. On a l'impression que le président n'a pas le pouvoir de prendre des décisions, que c'est son entourage qui gouverne et lui raconte des histoires et non pas la vérité. Donc il y a un mécontentement, pas seulement chez les anglophones mais dans l'ensemble du pays avec la manière dont le pays est gouverné.

Selon vous le problème anglophone, est-ce que ça aurait pu être un problème nordiste puisque les régions dans le Nord sont aussi négligées ?

Christian Tumi : Non, parce que nos histoires sont différentes. Le problème est basé sur le fait qu'il y a deux cultures coloniales complètement différentes. Nous étions habitués à un gouvernement du peuple par le peuple. Nos chefs traditionnels participaient au gouvernement. Et là-bas au nord-ouest et au centre ouest, ils sont respectés, ils ont l'autorité, on les écoute. C'est pourquoi là-bas nous sommes habitués au gouvernement en direct. Au début le fédéralisme était reconnu et là-bas donc nous appliquions ce que nous connaissions, en ce qui concerne le gouvernement du peuple. Le problème, annoncé en 72, est que ça coûtait cher. Mais est ce que l'Etat que nous voulons maintenant ne va pas coûter cher ? Qu'elle que soit le prix, il faut que les gens participent à leur gouvernement.

Rôle de l'Allemagne

Qu'est-ce que l'Allemagne pourrait faire pour aider le Cameroun ?

Christian Tumi : Conseiller notre gouvernement, notre président, ceux qui nous gouvernent.

Vous avez rencontré le conseiller personnel de Mme Merkel, la chancelière allemande. Qu'est-ce que vous voudriez qu'il dise au gouvernement ?

Christian Tumi : Qu'il continue à insister sur cette rencontre et surtout maintenant l'application de conclusions qui seront sorties de cette rencontre. En 1996, on a fait sortir une constitution qui a tenu en compte des propositions de rencontre tripartites. Si cette constitution était appliquée nous ne serions pas là.

C'est donc l'application des mesures retenues après la fin du grand dialogue qui est importante ?

Christian Tumi : Très très important, autrement cela ne vaut pas la peine qu'on aille passer notre temps là-bas inutilement.

 

 

 

 

 

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