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Wilfried Ekanga : « Pendant 37 ans, Paul Biya s’est activé à privatiser notre république »

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L’analyste politique nous propose sa troisième réflexion sur le dialogue national annoncé par Paul Biya. Le militant du MRC pense qu’il s’agira d’un congrès extraordinaire du parti au pouvoir. Camerinfos.net, vous propose l’intégralité de la réflexion de Claude Wilfried Ekanga.

Cela fait presqu’un an que je n’ai pas vu, et encore moins parlé au président Kamto. Et pourtant, force et de constater que nos conclusions sont à 100,48% les mêmes. Le mémorandum remis au ministre Dion Gute par la vice-présidente du MRC épouse totalement mes deux récents articles (SOS Biyalogue partie I et II).

Dans ces deux premiers textes, j’évoquais les mensonges numéro 1, 2 et 3, qui font du prétendu « dialogue national » un énorme marché d’arachides bouillies qui n’aboutira à rien du tout comme la CAN de Félix Zogo. Mieux encore, Maurice Kamto réaffirme le point que j’avais promis d’évoquer dans mon prochain article (celui-ci donc), à savoir l’enfumage numéro 4 : la négation de la crise politique.

LA PAIX NE SE DÉCRÈTE PAS, ELLE SE CONSTRUIT

Si vous devez de l’argent à votre ami et qu’il vous le réclame tous les jours, ce n’est pas à vous de décréter dans un discours que l’affaire est classée, alors que vous ne le lui avez toujours pas remboursé. C’est la meilleure façon de vous mentir à vous-mêmes. Ça vous rend hors-sujet comme un amoureux à sens unique qui pense que la fille du troisième banc l’aime aussi, et qui se crée des films dans sa petite tête. Que non ! Le seul moyen de recréer la paix, c’est de s’entendre avec celui avec qui vous êtes en conflit. Il n’existe aucun raccourci.

Une fin unilatérale n’a jamais été une fin. C’est du wamakoulisme.

Donc si nous parlons de « Biyalogue » ici, c’est parce que Paul Biya, convaincu que le Cameroun est une ruche de miel familiale dont il est la reine-abeille, a confondu une concertation générale avec un congrès extraordinaire du RDPC. Il a cru (et il a fait croire à ses bien-aimés partisans) que le fait d’ignorer la crise politique et de décréter que « les élections sont derrière nous » signifiait soudain que ceux-là mêmes qui revendiquent la lumière sur la fraude électorale (c’est-à-dire ceux dont ce combat dépend), s’étaient soudain alignés comme par magie à son humeur à lui. C’est très fort !

Et on a envie de dire : « Comment, mais comment font-ils pour être aussi irrationnels ? »

Pour tout esprit qui fonctionne normalement, le Cameroun connaît actuellement deux crises majeures : la crise politique post-élections, et la crise anglophone. Le plus drôle, c’est que la preuve de l’échec programmé du Biyalogue à venir nous est fournie par ceux-là mêmes qui nous contredisent. Ce sont eux-mêmes qui ont décidé d’écarter ces deux sujets. Ce sont eux qui ont dit d’une part : « Il n’y a pas de crise politique » et d’autre part : « on discutera de tout sauf de la forme de l’Etat ». Au point où l’on se demande de quoi ils comptent débattre donc en fait. De la Yorogang ?

Comment comptes-tu résoudre l’opération : « couscous-sauce gombo » si tu t’es toi-même coupé les deux mains avant de manger ? C’est exactement ce que l’homme-lion, le sage le moins perspicace de notre siècle compte faire. Ça commence à peine que c’est déjà hyper amusant !

LE DIALOGUE N’EST PAS UNE BERCEUSE

Chers biyayistes, ceci est très sérieux. Imprégnez-vous-en et ne l’oubliez plus jamais (Pour le bien de tous !!!) :

On ne va pas à un dialogue pour écouter les gens scander des motions de soutien et nous dire comment on est beau, riche et à quel point la poitrine de notre femme est sensationnelle. On va à un dialogue en étant préparé à écouter la vision des autres, qui potentiellement ne nous plaira pas, voire pas du tout. Il ne s’agit pas de parler de ce qui nous arrange, mais plutôt de ce qui pourrait arranger la situation chaotique de notre pays. Non seulement Paul Biya et son administration refusent de comprendre une réalité aussi simple, mais encore ils empêchent méticuleusement leurs éléments de la base (vous), de réfléchir dans ce sens.

L’enjeu du dialogue n’est pas « Qu’est-ce qui plait à Biya et au RDPC ? », mais « Qu’est-ce qui peut remettre la Rivière des Crevettes dans son lit et nous sauver de l’inondation ? » Et si parler de la forme de l’Etat et de l’épisode électoral est la seule voie de sortie de crise, le fait que ça vous dérange ou pas est d’une importance inférieure à zéro. On devra en parler un point c’est tout ! Ne pas réfléchir dans ce sens, c’est ne pas réfléchir du tout. Il ne faut pas rêver.

Tous les jours, les biyayistes demandent le respect des institutions et des lois. Mais les mêmes, leur chef en tête, ne veulent pas qu’on exige des explications du banditisme de Paul Atanga Nji sur les 7 mercenaires de Transparency International, ni de Émile Essombe sur les PV qu’il a soudain sortis de son slip lors du contentieux au Conseil Constitutionnel, ni même encore la présence des membres de ce Conseil dans l’organigramme du RDPC, au mépris de la constitution ... nous sommes en pleine ivrognerie.

Comme il n’y a pas de crise politique, on ne doit pas le dire. On ne doit pas non plus demander le texte de loi qui justifie qu’on tire par trois fois sur une femme qui marche les mains nues, ou sur un jeune depuis l’arrière, ou encore une garde à vue administrative de 8 mois, sans compter les arrestations à coup de mandats de perquisition, les déportations d’une ville à l’autre, l’incompétence des tribunaux militaires sur des enjeux civils, ou encore la séquestration des femmes de ménage.

A ce stade on ne parle même plus de république bananière. (C’est une insulte envers la banane). C’est la république du CASMANGA ! Et encore, il est moins acide !

Pendant 37 ans, ils se sont activés à privatiser notre république. Si bien que dans l’inconscient collectif de nos compatriotes, le Cameroun est la propriété de Paul Biya. Et de façon quasi automatique, le fait de ne pas aimer ce dernier devient un acte terroriste qui vous vaut aussitôt la belle estampille « Hostilité contre la patrie.

Désolé si ça vous a échappé, mais voici la seule, l’unique réalité : Le Cameroun était, est et sera ; or Paul Biya était, est et ne sera bientôt plus. C’est une grosse nuance qui d’ailleurs (si ça peut vous rassurer), s’applique d’ailleurs à nous tous.

WAMAKOUL AU DIALOGUE NATIONAL

Le Commandant en chef du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun a tranché. Vous ferez votre congrès extraordinaire avec ceux qui appellent Paul Biya « Excellence, Monsieur le Président, Chef de l’Etat, Chef Suprême des Armées, Premier Sportif, Premier Camerounais dans l’Avion, Premier Locataire de l’Intercontinental, Premier Mari, Premier Père, Premier Fils, Premier Saint-Esprit », ainsi qu’avec ceux qui pensent qu’un bon opposant est celui qui n’énerve pas le RDPC et que le régime cite même en exemple. A la fin, vous jugerez vous-mêmes si le problème a été résolu ou non (Ça va être délicieux à voir). Peut-être que quand vous constaterez que le rat courait dans la marmite, le vrai dialogue national pourra enfin commencer. Il portera :

- Sur la crise anglophone avec toutes ses déclinaisons (les enjeux du fédéralisme, les violations du passé, etc ...)

- Sur le contentieux politique (lumière sur les élections, réforme du code électoral etc ...)

- Sur les libertés publiques (manifestations, réunions politiques, républicanisme etc ...)

Pour l’instant, votre Kung-Fu est trop lent. Amusez-vous bien en tout cas. Nous, nous avons déjà nos tickets pour aller regarder la pièce au cinéma. On espère juste que les acteurs sont à la hauteur de la teneur du réalisateur farceur.

A bon entendeur

EKANGA EKANGA CLAUDE WILFRIED

(Partez avec )

 

 

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