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Pour apaiser les tensions sociales, le Cardinal Tumi suggère que Paul Biya quitte le pouvoir

Le vieux prélat de 90 ans a formulé cette demande dans une interview accordé à Sputnik, l’agence internationale de presse russe. Le cardinal Tumi, archevêque émérite de Douala. leader religieux anglophone, revenait ainsi sur les multiples crises qui déchirent le pays et préconisait des solutions pour apaiser les tensions.


Interview du 19 dec 2020


Sputnik: Cela fait maintenant plus de quatre ans que le Cameroun est confronté à une crise meurtrière dans le Nord-Ouest et le Sud-ouest. Qu’est-ce qui empêche les choses de revenir à la normale malgré toutes les mesures prises, notamment la tenue du Grand dialogue national auquel vous avez pris part?


Cardinal Christian Tumi: «J’ai déjà rencontré quelques-uns de ces hommes [les séparatistes armés, ndlr] qui sont dans la brousse avec des armes. Aujourd’hui, certains d’entre eux ne savent même plus pourquoi ils luttent. Il semblerait que ceux qui sont aux États-Unis et qui militent pour la création d’un État indépendant [les leaders de la sécession, ndlr] leur aient dit que les Nations unies allaient intervenir et que le conflit se réglerait en une année. Mais ces leaders ne maîtrisent plus la situation.


Cependant, de nombreux combattants commencent à quitter leur cachette. J’en ai déjà reçu quelques-uns ici à Douala, avec le soutien du gouvernement représenté par le Premier ministre, je les ai aidés à réintégrer la société et des centaines d’autres émergent progressivement de la brousse. L’archevêque de Bamenda, qui vient d’être installé, a déjà fait revenir presque 400 séparatistes au Nord-Ouest. J’en ai rencontré en janvier quand j’étais à Kumbo (Nord-Ouest), dans mon village, et leur chef m’a confié qu’il comptait se réfugier au Nigeria. L’une des révélations qu’il m’a faites, c’est que la majorité de ceux avec qui il se trouve sont des Nigérians et qu’il comptait un seul Camerounais dans ses rangs. Depuis que cette crise a commencé, je vais chaque année à Kumbo chez moi pour être vraiment au courant de ce qui se passe.»


Sputnik: Vous avez été vous-même il y a quelques semaines victime d’un enlèvement dans le Nord-Ouest anglophone du pays. Après avoir échangé avec ces défenseurs de la cause séparatiste, pensez-vous que les solutions préconisées jusqu’ici permettront de faire taire les armes?


Cardinal Christian Tumi: «L’armée doit retourner dans les casernes et les jeunes séparatistes qui sont en brousse doivent aussi déposer les armes qu’ils portent illégalement pour qu’il y ait la paix. C’est du moins la réponse que m’a donnée une vieille femme qui est restée dans son village depuis le début de la guerre lorsque j’ai sollicité son point de vue. Toutefois, la seule personne capable d’ordonner le cessez-le-feu n’est autre que Paul Biya. S'il décide de faire rentrer l’armée dans les casernes, ce sera la fin.»


Sputnik: Le Cameroun vient d’assister aux toutes premières élections régionales qui viennent parachever le processus de décentralisation sur le territoire. Cette décentralisation est présentée par les autorités comme une des solutions à la crise actuelle. N’est-il pas temps de passer plutôt au fédéralisme réclamé par plusieurs leaders anglophones modérés?


Cardinal Christian Tumi: «Nous avons déjà eu l’expérience du fédéralisme pendant onze ans, entre 1961 et 1972. Et cela a marché. C’est la période la plus pacifique que notre pays ait jamais connue depuis la réunification. À l’aune de cette expérience-là, ce que le Président Paul Biya vient de faire [l’accélération du processus de décentralisation, ndlr], c’est un début de solution.

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